C'est une maison bleue
Accrochée à la colline
[...]
Peuplée de cheveux longs
De grands lits et de musiques
Peuplée de lumière et peuplée de fous
La maison berbère mazalit debout
Maxime Leforestier /Idir - San Franciso/Tizi Ouzou
Encore un week-end particulièrement mouvementé puisque nous avons décidé, avec quelques collègues, de fuir la bruit, la pollution et l'agitation de Casablanca pour nous réfugier à Chefchaouen, petite ville nichée dans les montagnes du Rif. Mossab, un des infographistes du studio, en est originaire, et nous a donc servi de guide tout au long de ces deux jours exceptionnels. J'ai tellement de souvenirs en tête que le mieux est encore de reprendre ce bon vieil ordre chronologique, pour éviter d'en laisser trop au bord de la route.La route, nous l'avons prise à 22 heures, après les péripéties habituelles du vendredi soir à l'agence (tel infographiste doit absolument faire l'exe d'un fichier pour impression, tel autre doit absolument apporter les modifications d'un client tatillon, etc.). Nous sommes partis à deux voitures : je me trouvais dans celle conduite par Othmane, avec Mossab en copilote de choc, et Hicham pour me tenir compagnie à l'arrière. Derrière, Mehdi était dans la voiture de Driss, un ami à lui qui nous a accompagné pour le voyage, et s'est revelé d'ailleurs être très sympa ! Arrêt McDo à la hauteur de Rabat vers 23 heures, puis on reprend notre chemin car la route est encore longue.
Malheureusement, la nuit nous empêche de profiter vraiment du paysage. Celà-dit, le nez nous a suffi pour savoir que nous passions à un moment parmi des champs de betterave, vu l'odeur puissante et nauséabonde dégagée... Détail marrant : on est passés par un ancien poste frontière colonial, séparant la partie française de la partie espagnole du Maroc. Le grand bâtiment séparant la route en deux est aujourd'hui tellement désuet. Bref, après avoir beaucoup roulé, nous sommes arrivés à Chefchaouen sur les coups de 3 heures du matin. Cette arrivée mérite d'être décrite un peu dans le détail, car ça restera un des moments magiques de ce voyage. Au détour d'un virage, en pleine nuit, une foret de points lumineux apparaissent en contrebas. On devine peu à peu certains édifices, quelques maisons. Le temps de descendre de voiture, l'appel à la prière (oui à trois heures du matin !) retentit du haut des différents minarets de la ville, perçant en un choeur particulièrement envoûtant le silence de la nuit. En descendant dans la ville, après nous être garés au centre, nous sommes partis en quête d'un hôtel, et nous avons croisés quelques fidèles, la plupart en djellaba, qui rentraient chez eux après la prière. Assez impressionant...
Finalement, on a dormi dans un truc assez rustique, mais qui avait surtout le mérite de nous accueillir à une heure aussi tardive. Le lendemain matin, nous nous sommes rendus sur la place principale qu'on avait traversé rapidement la veille, pour petit déjeuner. C'est vraiment très joli, avec un petit côté méditerrannéen. Mais nous avons surtout pu voir l'immense montagne qui domine la ville qui nous avait complétement échappé la veille au soir. Après avoir flané un peu dans les ruelles et nous être imprégnés du bleu caractéristique de la ville, qui donne le titre à cet article, nous avons pris la route d'Akchour, à 20 kilomères de là, pour une petite randonnée au Pont de Dieu.
Le Pont de Dieu, c'est une arche naturelle au dessus d'une rivière, qui ressemble, pour ceux qui le connaissent, un peu au Pont d'Arc en Ardèche. Pour l'atteindre, il nous a fallu grimper pendant une bonne heure une pente assez escarpée, mais dans des paysages superbes. D'ailleurs, tout le long de la route qui nous a mené à Akchour, nous avons pu admirer la région de Chefchaouen, tout simplement magnifique. Les photos parlent d'elles-mêmes, mais je trouve qu'on se serait vraiment cru quelque part en Amérique du Sud, aux alentours de la Cordillère des Andes. Après avoir pu admirer le "Grand Walou" (avec des majuscules s'il vous plaît !) du haut du Pont de Dieu, nous sommes redescendus pour ensuite nous restaurer sur les coups de 4 heures de l'après-midi dans un bar/restaurant/snack tout seul au pied du chemin. Ambiance western : on se serait cru dans un saloon, avec quelques rifains qui fumaient les productions locales dans leur sebsi (une sorte de calumet) en terrasse, un âne qui passe, quelques cactus et lauriers roses en fleurs, etc.
Nous avons passé le samedi soir à Chefchaouen, dans une maison d'hôte qui appartient à un cousin de Mossab (au Maroc tout le monde est forcémment le cousin de quelqu'un à un moment ou un autre). Apéro, puis restaurant toujours sur la place centrale, avec quelques amis, très sympas aussi, de Mossab. Moment assez mémorable de la soirée : lorsqu'Othmane et Mossab, tous deux un peu émechés, ont commencé à échanger leurs vues complétement opposées sur l'Algérie... Bon, pour le coup Othmane le patriote un poil royaliste s'est retrouvé plutôt seul, le rifain étant plutôt de nature gauchiste et les gars du studio et moi-même étant nettement plus modérés que lui à propos de toutes ces questions là. Mais autour d'un bon tajine, on oublie tout et on repart finalement bras dessus bras dessous pour finir ce que l'on a pas réussi à écluser à l'heure de l'apéritif...
Bon, je raconterai le dimanche demain : il se fait tard là et le travail, toujours lui, m'attend de bonne heure demain matin. J'espère en tous cas vous avoir fait un peu rêver et vous promets que ce n'est que le début !